Story of an accordion during the 2nd world war
Moi, l'accordéon...
Je suis l’accordéon d’un "Malgré Nous " de Ribeauvillé(68), rescapé de la 2° Guerre mondiale et dont j ’ai été le fidèle compagnon de route pendant toute la durée des hostilités. 
Depuis son incorporation de force dans le R.A.D. / K.H.D. au printemps 1942, il avait alors 18 ans seulement, jusqu’a 1946, date de la fin de son engagement dans l'armée Française. 
J'en ai vu de toutes les couleurs pendant ces 4 longues années, passant d’une armée à l’autre. 
Je vais maintenant vous raconter les faits les plus marquants, me concernant moi et mon jeune propriétaire, durant cette période tragique.
Au R.A.D. (Reichsarbeitsdienst) où j’ai accompagné mon propriétaire dès le début à Haguenau (67) puis au K.H.D. (Krieghilfsdienst) près de Hildesheim au sud de Hanovre (Allemagne), j’ai vécu quelques bons moments pendant des séances de « pluches » (corvée de pommes de terre) que j’accompagnais en musique et en chansons, à l’entière satisfaction du personnel et de mes chefs de troupe présents à ces moments là.
Le début d'un long voyage...
Puis mon jeune propriétaire a été incorporé de force (comme beaucoup d’alsaciens et mosellans à cette époque) dans la Wehrmacht où je n'ai pu le suivre de suite (pendant ses "classes" et sa formation de soldat dans l'armée allemande). 
Ce n’est que lors de la campagne de Russie qu’il obtint une permission spéciale pour aller me récupérer et me ramener avec lui dans son unité, la 331° D.I.(division Infanterie) dans le secteur de Velikye Lucki (Russie). 
Vous vous imaginez bien que les conditions de vie n'étaient pas très facile, et pour Noël 1943 on me demanda de faire une tournée en première ligne, de Bunker en Bunker, pour aller jouer des chants de Noel aux combattants afin de leur apporter un peu de réconfort.
Nos premières lignes étaient à peu près à environ 100 m des lignes russes et cette visite le long des tranchées n’était pas des plus confortables. 
N’empêche que j’ai gardé de ces instants, un souvenir particulier et une émotion forte et touchante. 
Le deuxième grand évènement de cette campagne fut quelques semaines plus tard lors de la grande offensive russe de janvier-février 1944 dans le secteur Nord au cours de laquelle notre 33 l° Division ne fut pas loin d’être encerclée et subit de lourdes pertes. 
Le repli allemand était total sur l’ensemble du front et nous pument nous échapper par miracle, sans savoir encore aujourd’hui comment nous y sommes arrivé.
Retour en Allemagne...
Après le regroupement des unités restantes à l'arrière du front, la décision d’un rapatriement vers l'Allemagne fut prise par le O.K.W. (grand commandement allemand) afin de reconstituer et recompléter les effectifs de notre Division. 
La chance a voulu que tous deux nous soyons du voyage vers Cologne ; ville d'où était originaire notre Division. Après la reconstitution de nos effectifs, nous sommes reparti (en train de marchandises) vers une destination encore inconnue lors de notre départ.
Ce n’est qu’après le passage des gares de Bruxelles et de Lille, que nous avons été fixés : c’était en France que nous allions, plus exactement à Licques, dans le Pas de Calais, en vu d’un hypothétique débarquement alliés(c’est dans ce secteur que les Allemands privilégiaient un éventuel débarquement plutôt qu’en Normandie).
J ’ai appris plus tard que ma présence dans ce convoi était principalement due au fait que mon propriétaire Alsacien parlait couramment Français et pouvait ainsi servir d'interprète (en principe les Alsaciens et Mosellans n’étaient pas stationnés en France, par crainte de les voir sympathiser avec la population locale et d’en profiter pour déserter).
Puis en France...
Notre premier cantonnement se trouva donc à Licques, non loin de Saint Omer où les Allemands avaient aménagé des rampes de lancement de fusées V1, les nouvelles armes de représailles allemandes dont tout le monde avait entendu parler depuis quelques temps.
Au Café des Sports à Licques j’ai le souvenir d’une soirée d’accordéon et de chansons au milieu de civils Français lorsque vers 22 heures surgit une patrouille allemande dont le Unteroffizier (sous-officier allemand) qui la commandait nous demanda violemment d’arrêter cette fête qui n’était pas à son goût. 
Mon propriétaire fut convoqué dès le lendemain au bureau du commandant, qui fut très compréhensif à notre égard, et il n'y eu heureusement pas de suite fâcheuse pour nous (tout rentra dans l’ordre).
Contrairement aux prévisions allemandes, le débarquement eut finalement lieu le 6 juin 1944 en Normandie. 
Le 13 juin nous fument tous "invités" à assister, à minuit pile, au lancement des premières fusées V1 sur Londres. Nous n'avions jamais vu « pareil spectacle », quelle surprise cela fut pour nous, entre fascination et terreur! 
Le 1er aout, notre 331° D.I. reçut l’ordre de se mettre en route pour la Normandie, afin de venir en aide à la 7 ° Armée, qui était encerclée dans la Poche de Falaise. 
Celle-ci ne s’en sortit qu'avec de lourdes pertes en hommes et en matériels. 
Ce n'est que vers le 15 aout qu'Hitler en personne autorisa et donna son ordre de repli des troupes allemandes vers la Seine.
Un parfum de liberté...
Mon propriétaire profita de ce repli pour se "faire la malle" et me cacha dans la grange à foin d’un cultivateur local. 
A la faveur d’un subterfuge (qu’il serait trop long à raconter ici) il réussit à se détacher de la colonne allemande en plein repli pour venir se réfugier à son tour dans cette grange à mes côtés. 
Tout s’est bien passé et quelques jours plus tard ce secteur fut totalement libéré. 
Commença alors pour moi une période de bals de la Libération, à la grande joie des habitants de La Ferté-Fresnel, notre lieu d’habitation provisoire pour cette période. 
J’étais devenu en quelque sorte un "accordéon-héros" et on venait de partout nous demander pour jouer à des mariages et autres manifestations festives, après toutes ces années de souffrances et de peines. 
 
A présent, pour la suite du récit, je laisse la « parole » à l'accordéoniste, ex enrôlé de force dans l'armée allemande, pour vous raconter la suite de notre histoire...
Moi, André Findeli...
Début septembre 1944 avait lieu en France le recensement de la classe 1923, l'année de ma naissance.
Je suis donc parti à Alençon avec les appelés de la Ferté-Fresnel où je m'étais engagé comme volontaire dans la première Armée française, pour me battre contre l'occupant allemand et libérer le reste du territoire français encore occupé(dont l’Alsace), non sans avoir du subir au préalable un interrogatoire des plus corsé, dirigé par un ancien capitaine du 152° RI de Colmar, qui connaissait parfaitement Ribeauvillé(68) et qui me recommanda de faire très attention et d'être particulièrement vigilant, car il pensait que la guerre allait bientôt se terminer, et que ce n’était pas le moment de mourir bêtement.
Vers l'Est...
La veille de Noël 1944 nous sommes partis d’Alençon vers Nancy où un Bataillon "Alsace" composé uniquement de ressortissants alsaciens, "évadés" de l’Armée allemande était en cours de formation. 
Il va sans dire que mon accordéon n’a pas chômé à Nancy. 
Le 4 janvier, nous sommes partis en camions pour Strasbourg qui, bien que libéré depuis novembre 1944, était entrain de vivre de mauvais moments, car privée des unités américaines devant la protéger, la ville risquait d'être reprise par la contre-attaque allemande en cours. 
La population Strasbourgeoise redoutait particulièrement le retour possible des Allemands et des représailles en retour. 
Heureusement ce même jour arriva le général Guillaume et sa 3° D.I.A. (Division Infanterie Algérienne) envoyé par le Général de Lattre, qui avait promis de défendre coûte que coûte Strasbourg (n’en déplaise aux Américains qui voulaient se retirer derrière les Vosges, pour réduire le front à tenir, à cause de l’offensive allemande dans les Ardennes et l’opération "Nordwind").
Retour aux sources...
Heureusement tout rentra dans l’ordre (après quelques combats acharnés quand même) et la route de Strasbourg - Colmar fut bientôt libre, ce qui permit à mon accordéon et moi-même de rentrer enfin chez moi, à Ribeauvillé, revoir ma famille (après tous ces mois d'absences) dont je n’avais plus de nouvelles depuis très longtemps.
En février 1945, le Bataillon "Alsace" fut affecté au 23° R.I. nouvellement créé, ce dernier étant lui-même une des composante de la 3° D.I.A.
Le même mois, le 23° R.I. se dota d’une musique régimentaire dans laquelle je me suis inscrit comme caporal-tambour sous le commandement du capitaine Leroy de Nancy, dont je fus l'un de ses bons élèves, certificat à l’appui. 
Un peu plus tard nous avons même formé un orchestre de jazz où mon accordéon tint une bonne place. 
Après que le général de Lattre passa le Rhin le 31 mars 1945, à la date que lui avait demandé le général de Gaulle, notre musique régimentaire du 23° R.I. prit d’abord ses quartiers à Karlsruhe(Allemagne), puis à Spire (Allemagne) où était installé l’état-major de la 3° D.I.A.
La victoire ... enfin !
Le 8 mai 1945, jour de la victoire définitive face à l'Allemagne nazie, nous avons défilé, et avons fêté cela en musique en pleine rue avec mon accordéon, qui était tout naturellement de la partie ! 
Quels souvenirs ! 
Je fus démobilisé le 6 janvier 1946, et retrouvais à ce moment là, la vie civile et professionnelle, à 23 ans. 
Tout au long de ma vie, mon accordéon, ici présent, m'accompagna comme il se devait ! 
J’ai décidé à 89 ans, d’en faire don au MMCPC, après avoir passé plus de 70 ans à ces côtés, pour témoigner de cette période tragique et raconter aux générations futures ce que nous avions vécu, et comment grâce à cet accordéon nous avions surmonté toutes ces épreuves.
Texte de André Findeli, remis au musée en même temps que l'accordéon... 
(Titres de paragraphes ajoutés par nos soins pour plus de lisibilité)

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